Programme de l'écrit 1 de l'agrégation interne d'EPS pour la session 2021

L’épreuve consiste en une dissertation ou un commentaire. Les sujets portent sur des thèmes concernant l’enseignement de l’éducation physique et sportive de 1967 à nos jours. Il est attendu que les candidat.e.s mobilisent les connaissances historiques, sociologiques, épistémologiques, culturelles et institutionnelles, permettant de comprendre l’évolution des pratiques professionnelles relatives à cette discipline scolaire. Les réflexions et démarches argumentaires des candidat.e.s seront mises en relation avec les enjeux, débats et controverses, passés et actuels, qui accompagnent la construction de l’éducation physique et sportive au sein du système éducatif.

Thèmes du programme :

- La leçon d'EPS et l’activité de l’élève

- Les jeunes et les pratiques sportives : les incidences en EPS

- L’élève en EPS, son développement et sa santé

- L’évolution de la relation pédagogique en EPS et le métier d’enseignant

- Les politiques éducatives et leur application en EPS

 

 

Commentaires

Remarques concernant la présentation générale de l’épreuve (1èr paragraphe)

- « de 1967 à nos jours » : la périodisation est précise, les 50 dernières années, avec comme point de départ l’année 1967, tout particulièrement marquée par la publication de nouvelles Instructions Officielles qui, notamment, officialisent la sportivisation de l’EPS. Pour répondre au besoin d’effectuer une périodisation sur un temps court, la dernière partie de mes ouvrages Histoire de l’EP a été scindée en trois (1981-1991 / 1992-2002 /2003 à nos jours) et les fins de chapitre de mes livres méthodologiques et thématiques ont été complétées et précisées.

- « les candidat.e.s mobilisent les connaissances historiques, sociologiques, épistémologiques, culturelles et institutionnelles » : comme je l’ai déjà dit dans la présentation, il est clair que la volonté est bien que le(la) candidat(e) ne privilégie pas un champ de connaissances particulier mais qu’il s’appuie sur tous types de données lui permettant de développer une argumentation pertinente répondant à un sujet précis.

- « comprendre l’évolution des pratiques professionnelles relatives à cette discipline scolaire » :

L’accent est délibérément mis sur les « pratiques professionnelles » : les textes officiels ne peuvent constituer l’essentiel de l’argumentaire dans les copies. S’ils sont incontournables, ils doivent être complétés par une analyse de ce qui se fait réellement dans les établissements scolaires. Autrement dit, le(la) candidat(e) à un concours interne doit être capable d’avoir un recul réflexif sur l’évolution de son action professionnelle. Les travaux récents portant sur la scolarisation des différentes APSA et sur les transformations de leur enseignement constituent un appui incontournable (voir notamment : C. OTTOGALLI-MAZZACAVALLO et P. LIOTARD, L’éducation du corps à l’école. Mouvements, normes et pédagogies 1881-2011, AFRAPS, 2012 ; M. ATTALI, J. SAINT-MARTIN, A l'école du Sport. Epistémologie des savoirs corporels du XIXème siècle à nos jours, De Boeck, 2014 ; un chapitre est consacré à cet aspect dans mes ouvrages méthodologiques). Ils permettent de mieux comprendre les changements dans les conceptions d’enseignement en s’appuyant sur des activités particulières.

- « enjeux, débats et controverses, passés et actuels, qui accompagnent la construction de l’éducation physique et sportive au sein du système éducatif » :

La notion d’« enjeu » n’est pas anodine. Pour mieux la comprendre, on peut se référer à l’analyse réalisée par Jean-Paul Clément dans le premier chapitre du livre Sport et pouvoirs au XXème siècle (PUG, 1994) : s’il y a enjeu, c’est qu’il y a quelque chose en jeu, à gagner ou à perdre, c’est que le jeu est ouvert. « L’enjeu motive l’engagement dans le jeu… il y a lutte pour se l’approprier ». « L’approche en terme d’enjeux » consiste donc à considérer l’éducation physique comme un « champ de concurrence » au sein duquel il faut repérer, au cours des différentes conjonctures qui se sont succédées, « la nature des éléments qui orientent les actions » des différents acteurs et leurs stratégies. Autrement dit, les « définitions de l’éducation physique et de ses contenus sont en permanence l’objet de luttes entre les différents acteurs du champ. L’état actuel (…) de l’éducation physique, y compris au niveau de la nature de ses conflits et débats internes, est l’aboutissement d’une série de choix historiques et non une étape obligée dans un processus de développement univoque, continu, linéaire, logique en somme parce chronologique… Les choix historiques donnent toujours lieu à des conflits et des débats intenses ». Pour chacun des protagonistes, l’enjeu est de réussir à « imposer une direction dominante, d’obtenir le pouvoir sur les actes des autres, d’institutionnaliser cette domination dans des textes officiels ou des productions » afin d’obtenir une légitimité qui peut être pédagogique, théorique, politique et législative, culturelle, économique… En résumé, l’utilisation de la notion d’enjeu conduit à refuser toute analyse simplificatrice (évolution inéluctable, qui fait consensus) et, au contraire, à aborder les différents événements historiques dans toute leur complexité (cela aurait pu se passer autrement, car tout le monde n’était pas d’accord pour que cela évolue comme ça a été le cas, et rien n’est définitivement figée…). Elle incite à valoriser les « débats et controverses, passés et actuels », la « construction de l’EPS » n’étant pas un long fleuve tranquille. Notons que la notion de « construction » est intéressante et est soumise, pourrait-on dire, à des propositions de nombreux « architectes-concepteurs » qui ont chacun une vision particulière du projet. Les « ouvriers-enseignants » sont chargés de la mise en œuvre des travaux avec leurs élèves ; ils sont dotés d’une réelle marge de manœuvre et jouent donc un rôle actif dans ce processus. Sur la base de la compréhension des débats et controverses, ils pourront se positionner en tant qu’acteurs lucides et critiques sur les problèmes identitaires et le devenir de la discipline qu’ils enseignent. Ne peut-on pas trouver ici la raison d’être de l’Ecrit 1 des concours de recrutement ?

Dernier point : cette construction de l’EPS se fait « au sein du système éducatif ». Elle doit donc constamment être resituée au regard des transformations de ce système éducatif, qui s‘adapte sans cesse aux évolutions sociétales. Si les sujets portent sur l’EPS, il est donc incontournable d’ouvrir la focale pour analyser « l’intérieur du champ » au regard de ce qui l’entoure (je pense ici aux réflexions de Bourdieu, qui parle de « relative autonomie » d’un champ).

 

Remarques sur les thèmes du programme

- La leçon d'EPS et l’activité de l’élève

Voilà un thème très large. La leçon d’EPS est le lieu où se fait l’EPS avec un enseignant et des élèves, mais de manière plus large, avec un enseignant appartenant à une équipe d’enseignants d’EPS et une équipe au sein d’un établissement scolaire (image de cercles de plus en larges : enseignant - enseignants EPS - établissement), et des élèves rassemblés dans une classe (ou un regroupements de classes) qu’il faut tout à la fois prendre en compte ensemble, en tant que groupe, mais aussi dans leur singularité et avec leurs différences. L’analyse est donc complexe et doit être systémique.

Cela nécessite de s’intéresser à l’objet d’enseignement (les savoirs à enseigner) et à la façon d’enseigner cet objet (la méthode pédagogique, la relation pédagogique, les outils pédagogiques utilisés, le rôle de l’enseignant, le statut accordé aux élèves… et donc leur activité). Pour comprendre les évolutions sur ces questions, on ne peut pas faire l’économie de se pencher sur de nombreuses thématiques : finalités, place réservée aux différentes pratiques sportives, soubassements scientifiques, contexte scolaire, débats entre les acteurs/concepteurs et/ou courants, outils pédagogiques utilisés… Ce seul axe pourrait constituer à lui seul un programme… qui n’en serait d’ailleurs pas un, puisqu’il nécessite de tout aborder ou presque si on veut l’appréhender dans toute sa complexité.

 

- Les jeunes et les pratiques sportives : les incidences en EPS

Cet item renvoie à une thématique très classique mais aussi très large : l’analyse des liens entre le sport (ou les pratiques sportives) et l’EPS.

Il nécessite tout d’abord de s’interroger sur ce qu’on entend par « pratiques sportives », en s’appuyant sur les nombreux travaux des historiens et sociologues portant sur ce sujet (un certain nombre d’entre eux sont synthétisés dans mes ouvrages : une partie leur est consacrée à chaque période traitée dans l’Histoire de l’EP de 1945 à nos jours ; on peut également consulter les chapitres sur le sport et sur le plein air dans le Guide méthodologique). Malgré des désaccords portant notamment sur la question de la définition des termes, tous les auteurs s’accordent sur une progressive massification des pratiques sportives au cours des 50 dernières années (ce qui ne veut pas dire forcément une démocratisation), qui va de pair avec un processus de complexification / diversification entrainant une difficulté toujours plus grande de les définir. L’item utilise bien le pluriel - les pratiques sportives - pour rendre compte de cette diversité.

Qu’en est-il de l’EPS face à cette diversité ?

Celle-ci provoque de nombreux débats et controverses, ce qui renvoie à l’intitulé du programme du concours et au chapitre portant sur les différents courants de mon Guide méthodologique. Quelles sont les pratiques qu’il est possible de considérer comme légitimes et qui méritent d’être enseignées en EPS ? Les auteurs des textes officiels sont amenés à faire des choix… qui vont par exemple de la primauté accordée aux sports de compétition en 1967 à l’intérêt porté au yoga en 2019. Cela nécessite d’être précisément analysé.

 

- L’élève en EPS, son développement et sa santé

Voilà un item qui s’appuie sur une thématique fondatrice de l’histoire de l’EPS : la santé (un chapitre du Guide méthodologique et thématique lui est consacré). S’est-on préoccupé de la santé de l’élève et de son développement tout au long de la période à étudier ? Sans aucun doute. Mais la définition de ces notions n’a-t-elle pas évolué au fil du temps ? Et n’a-t-elle pas fait l’objet de nombreux débats ? La santé et le développement de l’élève vont-ils de pair ? Ou ne peuvent-ils pas être considérés comme contradictoires ? « Nous manquons à notre tâche si nous formons des débiles moteurs resplendissant de santé », expliquait Le Boulch en 1961. Cette citation illustre bien l’importance d’analyser la définition donnée à ces notions et leurs évolutions. Qu’est-ce qu’un élève en bonne santé ? Qu’entend-on par développement de l’élève ? Et comment, par quels moyens l’enseignant d’EPS s’est-il préoccupé de la santé et du développement de ses élèves ? Les ressources pédagogiques et didactiques utilisées ont-elles évolué ?

 

- L’évolution de la relation pédagogique en EPS et le métier d’enseignant

Cet axe complète le premier item : une grande partie du métier d’enseignant s’exerce à travers la relation pédagogique avec ses élèves dans le cadre de la leçon. Mais il incite plus largement à étudier l’évolution des missions de l’enseignant durant la période à étudier, missions toujours plus larges et plus transversales, et actuellement explicitées sous la forme de compétences professionnelles.

 

- Les politiques éducatives et leur application en EPS

Si l’EPS doit être connue des candidats dans son fonctionnement interne (choix réalisés dans les textes officiels, débats entre les principaux acteurs…), ce dernier item invite à s’interroger sur les liens que cette discipline scolaire tisse avec la « maison école », pour reprendre l’expression utilisée par Pierre Arnaud (P. ARNAUD, « L’orthodoxie scolaire de l’éducation physique ou l’Etrangère dans la maison Ecole », Les Sciences de l’éducation, 1-2, 1990). Les transformations de l’EPS peuvent-elles être comprises à travers l’évolution des politiques éducatives (je leur consacre un chapitre à travers le filtre de la démocratisation) ? Et plus précisément, comment ces politiques sont-elles appliquées en EPS ? Peut-on parler de convergences, de divergences, de résistances… ? La thèse d’Arnaud reste incontournable pour répondre à ces questions et peut être complétée par les nombreuses réflexions qui ont été entreprises depuis, que ce soit sur l’analyse des politiques éducatives ou sur leurs liens avec l’EPS.

 

Pour conclure, les axes de réflexion sont nombreux et finalement assez classiques. En changeant l’ordre de présentation :

 -       Leçon d’EPS, activité de l’élève, relation pédagogique

Ceci est complété par les deux grandes thématiques fortes et récurrentes de l’histoire de la discipline :

 -       Pratiques sportives et EPS

 -       Santé, développement de l’élève et EPS

 Mais cette histoire ne peut faire l’économie d’analyser les liens avec l’institution scolaire :

 -       Politiques éducatives et EPS

 Et tout cela contribue à s’interroger sur l’évolution du métier d’enseignant au cours de la période à étudier. Finalement, peut-on parler de programme ? Il s’agit d’un Ecrit sur l’histoire de l’EPS depuis 1967.