Programme de l'écrit 1 du CAPEPS pour la session 2022

 

Préambule

« Les deux épreuves d’admissibilité évaluent, de manière complémentaire, la capacité du candidat à mobiliser des compétences lui permettant d’instruire et d’adopter une posture d’enseignant dans le système éducatif, adaptée aux enjeux de l’institution scolaire et aux changements à l’œuvre dans nos sociétés. La mobilisation de connaissances scientifiques plurielles lui permettra de se questionner et d’opérer ses premiers choix professionnels.

Le candidat devra être capable de concevoir un enseignement de l’EPS garantissant une qualité des apprentissages requis par la discipline, dans le respect de l’intégrité physique et morale de tous les élèves comme des valeurs de la République. Il devra également faire preuve d’une posture éthique, telle qu’exigée chez tout fonctionnaire d’État, et d’une maîtrise écrite de la langue française ».

 

1° Épreuve écrite disciplinaire.

Dissertation.

L’épreuve vise à contrôler la connaissance et la maîtrise de la discipline éducation physique et sportive et à évaluer la capacité du candidat à mobiliser des connaissances issues des sciences humaines et sociales et validées par la recherche. Ces connaissances d’appui doivent permettre de répondre aux enjeux sociaux, historiques, culturels, éducatifs et scolaires de la discipline afin de mieux comprendre les mutations actuelles d’une discipline d’enseignement obligatoire pour tous les élèves du second degré au sein du système éducatif français.

 

Programme Écrit 1 :

Les éducations corporelles dans le cadre scolaire depuis 1936 : enjeux de société et débats au sein de l’EPS

1. Place des sciences dans la construction des savoirs enseignés et/ou à enseigner en EPS ;

2. Innovations et transformations des diverses activités physiques enseignées dans le cadre scolaire ;

3. Formation des enseignants et organisation du travail des élèves ;

4. L’école, l’EPS, le sport scolaire et la formation du citoyen.

 

Commentaires

Remarques concernant la présentation générale de l’épreuve

Dans cette épreuve, la mobilisation de connaissances issues des sciences humaines et sociales doit permettre de répondre aux enjeux sociaux, historiques, culturels, éducatifs et scolaires de l’EPS. La perspective est donc très large et doit être comprise au regard d’un objectif principal :  mieux comprendre les mutations actuelles de cette discipline scolaire.

Ces mutations seront analysées en conjuguant trois aspects : une focalisation sur les évolutions internes de l’EPS, une prise en compte des transformations du système éducatif, et un regard plus large portant sur les changements sociétaux (aspects politiques, économiques, scientifiques, culturels, sociaux…). La mise en relation de ces trois axes sera déterminante pour la qualité de la dissertation : l’EPS, et ses liens (qu’il convient d’analyser) avec l’école et la société, doivent être au cœur des arguments développés.

 

Remarques concernant la phrase d’introduction du programme proprement dit

- Commencer l’intitulé du programme en évoquant « les éducations corporelles », c’est vouloir, d’une part, prendre en considération toutes les formes de pratiques corporelles, dans leur extrême diversité, et, d’autre part, s’intéresser aux multiples démarches éducatives visant à les enseigner. Pour le dire autrement, cela nécessite de ne pas se cantonner, en référence à ce qui se passe le plus souvent aujourd’hui, aux pratiques sportives.

- Le « cadre scolaire » est à nouveau mentionné (notamment « système éducatif » plus haut). Il semble donc incontournable de construire une argumentation articulant l’éducation physique et le système éducatif.

- Concernant la période à étudier, « depuis 1936 », il me semble nécessaire de parfaitement comprendre l’histoire de l’EP depuis la fin de la première guerre mondiale. Comment analyser ce qui se passe durant le Front Populaire sans le mettre en lien avec l’ensemble de l’entre-deux-guerres ? De nombreux aspects en découlent. C’est pour cette raison que la plupart des chapitres du Guide méthodologique et thématique évoquent cette phase historique.

Le « depuis » sous-entend bien sûr qu’il est indispensable de traiter de l’évolution de l'éducation physique jusqu’à nos jours, c’est-à-dire jusqu’au jour du concours, et donc qu’il faut être capable d’analyser l’actualité comme on le fait pour des phases historiques plus lointaines.

- Les notions d’enjeux et de débats sont fondamentales.

Parler d’« enjeu » n’est pas anodin. Pour mieux le comprendre, on peut se référer à l’analyse réalisée par Jean-Paul Clément dans le premier chapitre du livre Sport et pouvoirs au XXème siècle (PUG, 1994) : s’il y a enjeu, c’est qu’il y a quelque chose en jeu, à gagner ou à perdre, c’est que le jeu est ouvert. « L’enjeu motive l’engagement dans le jeu… il y a lutte pour se l’approprier ». « L’approche en terme d’enjeux » consiste donc à considérer l’éducation physique comme un « champ de concurrence » au sein duquel il faut repérer, au cours des différentes conjonctures qui se sont succédées, « la nature des éléments qui orientent les actions » des différents acteurs et leurs stratégies. Autrement dit, les « définitions de l’éducation physique et de ses contenus sont en permanence l’objet de luttes entre les différents acteurs du champ. L’état actuel (…) de l’éducation physique, y compris au niveau de la nature de ses conflits et débats internes, est l’aboutissement d’une série de choix historiques et non une étape obligée dans un processus de développement univoque, continu, linéaire, logique en somme parce chronologique… Les choix historiques donnent toujours lieu à des conflits et des débats intenses ». Pour chacun des protagonistes, l’enjeu est de réussir à « imposer une direction dominante, d’obtenir le pouvoir sur les actes des autres, d’institutionnaliser cette domination dans des textes officiels ou des productions » afin d’obtenir une légitimité qui peut être pédagogique, théorique, politique et législative, culturelle, économique…

En résumé, l’utilisation des notions d’enjeux et de débats conduit à refuser toute analyse simplificatrice (évolution inéluctable, qui fait consensus) et, au contraire, à aborder les différents événements historiques dans toute leur complexité (idée que cela aurait pu se passer autrement, car tout le monde n’était pas d’accord pour que cela évolue comme ça a été le cas, et que rien n’est définitivement figé…). Elle amène à articuler les « débats au sein de l’EPS » avec le sociétal, à travers les différentes conjonctures qui se succèdent (les « enjeux de société »).

 

Remarques sur les quatre items du programme

Quelques remarques générales pour commencer :

Les sujets des dernières années conduisent à aborder les items du programme avec beaucoup de prudence : le sujet 2018 s’articule autour d’une notion (le sport scolaire) évoquée dans un item mais sans aucun respect de la logique de cet item. Le sujet 2019 n’a que très peu de rapport avec chacun des items (l’évaluation). Les citations des sujets 2020 et 2021, pour être bien comprises, nécessitent une culture (notamment sociologique) bien plus large que l’étude des seuls items. Sans doute faut-il donc penser que le programme est une entrée dans la préparation à l’Ecrit 1 du CAPEPS, qu’il constitue un point d’appui, mais qu’il est nécessaire, si l’on veut éviter les mauvaises surprises, d’élargir le travail à effectuer à l’histoire de l’éducation physique dans son ensemble, et donc aux grands thèmes transversaux qui sont évoqués dans la page « Généralités » des conseils méthodologiques.

En ce qui concerne le nouveau programme du concours à partir de 2022, trois items (1, 3 et 4) sont « classiques » et sans difficulté majeure pour les comprendre et les aborder, sans toutefois que l’on voit bien la cohérence des différentes notions évoquées dans chacun d’entre eux. Il en va tout autrement pour l’item 2, beaucoup plus complexe à mon sens, la tendance générale pouvant être comprise comme étant une attente très professionnalisante (voir le préambule des deux épreuves d’admissibilité) s’appuyant essentiellement sur une approche historique du pédagogique et du didactique.

 

1. Place des sciences dans la construction des savoirs enseignés et/ou à enseigner en EPS

Ce premier item peut être mis en lien avec la thématique plus large de l’évolution de la leçon d’EP (chapitre sur ce thème dans le Guide méthodologique). Il incite en premier lieu à distinguer les savoirs enseignés (les savoirs réellement enseignés par les enseignants quand ils sont dans leur établissement scolaire face à leurs élèves) et les savoirs à enseigner (les savoirs prescrits, dans les textes officiels, mais aussi les contenus préconisés dans les structures de formation, initiale ou continue, dans les divers revues, ouvrages et documents, etc… destinés à la profession). Ces deux types de savoirs évoluent-ils au même rythme ? N’y-a-t-il pas des différences et des décalages, plus ou moins importants, entre les deux ?

En second lieu, il demande de s’interroger sur la place occupée par les sciences dans la construction de ces savoirs ? Comment sont-elles utilisées ? Cette question, à laquelle je consacre un autre chapitre du Guide méthodologique, est un des thèmes centraux de l’histoire de l’EP. Les évolutions du champ scientifique (au niveau de l’avancée des connaissances mais aussi du poids relatif des différents secteurs de ce champ) ne sont pas sans conséquences sur les transformations des savoirs jugés légitimes à enseigner en EPS… eux-mêmes contribuant aux changements des savoirs enseignés. Ce processus, qu’il faut analyser, est complexe et se réalise au prix de de distorsions, de divergences, de tensions et de décalages temporels.

 

2. Innovations et transformations des diverses activités physiques enseignées dans le cadre scolaire

Que dire de ce deuxième item ? Que ce soit au niveau de la forme (l’intitulé lui-même) ou du fond (les connaissances historiques qu’il demande de mobiliser), il ne me semble pas clair du tout : comment relier (le « et ») les « innovations » et les « transformations des diverses activités physiques enseignées dans le cadre scolaire » ? Faut-il se limiter aux innovations se centrant sur les transformations des diverses activités physiques enseignées ? Ou faut-il analyser de manière générale les innovations s’étant déroulées en EP au cours de son histoire et, par ailleurs, étudier les transformations des diverses activités physiques enseignées ? Etant donnés les intitulés des derniers sujets CAPEPS, il est difficile de répondre à ces questions.

Et qu’entend-on par « transformations » ? S’agit-il du processus de didactisation ? Ou de l'évolution du choix des activités enseignées ? Et que met-on sous l’expression « diverses activités physiques » ? Demande-t-on aux candidats d’être capable de traiter un sujet se centrant sur n’importe quelle activité physique : du lancer de poids aux danses folkloriques en passant par la boxe française et le canoé-kayak ? Le travail est immense et, il faut l’avouer, n’a pour l’instant été réalisé que partiellement par les historiens eux-mêmes.

Face à ces incertitudes et imprécisions, dans mon Guide méthodologique et thématique, je consacre un chapitre aux innovations, afin de définir et mieux comprendre cette notion, et deux autres, très longs, à la scolarisation des différentes familles d’APSA (APPN pour l’un et autres familles pour l’autre).

 

3. Formation des enseignants et organisation du travail des élèves

Cet axe complète le premier et rentre comme lui dans la thématique de la leçon. L’organisation du travail des élèves fait référence à l’activité des élèves en EP, demandée et instaurée par l’enseignant, et donc à la façon d’enseigner les savoirs, à la relation pédagogique qui est mise en place pour favoriser les apprentissages. Quel processus d’apprentissage est valorisé ? Sur quels référents scientifiques s’appuie-t-il, et plus largement, sur quel type de formation des enseignants ? Depuis 1936, les changements ont été importants. Un chapitre du Guide méthodologique traite de ces questions.

 

4. L’école, l’EPS, le sport scolaire et la formation du citoyen

Ce dernier item, très classique, ne mérite pas beaucoup d’explications. Il nécessite de s’interroger sur « la formation du citoyen » en EP, dans le sport scolaire, et plus largement dans l’école. Cette formation a-t-elle toujours eu la même importance ? A-t-elle toujours revêtu la même signification ? Et la définition de la notion de citoyen n’a-t-elle pas elle-même changé tout au long de la période à étudier ?

Après trois items qui se centrent sur l’enseignement lui-même, ce quatrième point conduit à s’intéresser à une des grandes finalités qui a marqué l’histoire de la discipline, son évolution ne pouvant être comprise qu’en allant chercher du côté des changements sociétaux.

 

En conclusion, les axes de réflexion de ce programme, qui sont nombreux, me semblent pouvoir être synthétisés de la manière suivante :

- L’analyse des liens entre les savoirs enseignés, les savoirs à enseigner, l’organisation du travail de l’élève, d’une part, et la formation des enseignants et la question des références scientifiques privilégiées et de leur utilisation d’autre part (item 1 et 3).

- Tout ceci peut être étudié à travers le thème très à la mode de l’innovation, et donc du changement, du renouvellement, du nouveau (item 2).

- Enfin, l’item 4 élargit la perspective et amène à davantage se centrer sur l’individu que l’on veut former au regard du contexte sociétal.

Si la volonté était d’avoir un programme large, qui ne permet pas un bachotage étroit et la récitation de cours appris rapidement et mal digérés, et bien cela me semble gagné. Ce programme est très exigeant et demande un travail important, s’inscrivant dans la durée, parce qu’il nécessite d’utiliser des connaissances à la fois très ouvertes et très précises.