Programme de l'écrit 1 du CAPEPS pour la session 2020

 

Dissertation portant sur les fondements sociohistoriques et épistémologiques de l'éducation physique et des activités physiques, sportives et artistiques (APSA)

L'épreuve a pour but d'évaluer la capacité du futur enseignant à situer son action professionnelle au regard des permanences et des transformations de l'éducation physique, sous l'influence de déterminants endogènes et exogènes au système éducatif.

 

Programme :

Les éducations corporelles dans le cadre scolaire depuis 1936 : enjeux de société et débats au sein de l’EPS

1. Evolution des savoirs enseignés et organisation du travail des élèves en EPS ;

2. Innovations et transformations des diverses activités physiques enseignées dans le cadre scolaire ;

3. L’école, l’EPS, le sport scolaire et la formation du citoyen.
 

Commentaires

 

Remarques concernant la présentation générale de l’épreuve (1ère phrase)

- L’évolution de l’éducation physique doit être analysée à partir de ses permanences et de ses transformations : il faut donc partir du principe que tout n’a pas constamment évolué, que certains aspects ont pu connaître des bouleversements alors que d’autres n’ont pas changé, qu’il peut y avoir pour chacun d’eux des moments de stagnation, de retour en arrière…, sous l’effet notamment de l’action des acteurs/concepteurs de la discipline ou des politiques, qui militent pour un retour à la « tradition » ou au contraire pour « l’innovation ».

- Cette évolution doit être abordée en s’appuyant sur les transformations du système éducatif (« déterminants endogènes ») mais aussi, de manière plus large, sur les changements sociétaux (aspects politiques, économiques, scientifiques, culturels, sociaux…) (« déterminants exogènes »).

La centration sur l’un ou l’autre de ces aspects dépendra bien sûr du sujet et de la problématique choisie.

 

Remarques concernant la phrase d’introduction du programme proprement dit

- Commencer l’intitulé du programme en évoquant « les éducations corporelles », c’est vouloir, d’une part, prendre en considération toutes les formes de pratiques corporelles, dans leur extrême diversité, et, d’autre part, s’intéresser aux multiples démarches éducatives visant à les enseigner. Pour le dire autrement, cela nécessite de ne pas se cantonner, en référence à ce qui se passe le plus souvent aujourd’hui, aux pratiques sportives.

- Le « cadre scolaire » est à nouveau mentionné. Il semble donc incontournable de construire une argumentation articulant l’éducation physique et le système éducatif.

- Concernant la période à étudier, « depuis 1936 », il me semble nécessaire de parfaitement comprendre l’histoire de l’EP depuis la fin de la première guerre mondiale. Comment analyser ce qui se passe durant le Front Populaire sans le mettre en lien avec l’ensemble de l’entre-deux-guerres ? De nombreux aspects en découlent. C’est pour cette raison que la plupart des chapitres du Guide méthodologique et thématique évoquent cette phase historique.

Le « depuis » sous-entend bien sûr qu’il est indispensable de traiter de l’évolution de l'éducation physique jusqu’à nos jours, c’est-à-dire jusqu’au jour du concours, et donc qu’il faut être capable d’analyser l’actualité comme on le fait pour des phases historiques plus lointaines.

- Les notions d’enjeux et de débats sont fondamentales.

Parler d’« enjeu » n’est pas anodin. Pour mieux le comprendre, on peut se référer à l’analyse réalisée par Jean-Paul Clément dans le premier chapitre du livre Sport et pouvoirs au XXème siècle (PUG, 1994) : s’il y a enjeu, c’est qu’il y a quelque chose en jeu, à gagner ou à perdre, c’est que le jeu est ouvert. « L’enjeu motive l’engagement dans le jeu… il y a lutte pour se l’approprier ». « L’approche en terme d’enjeux » consiste donc à considérer l’éducation physique comme un « champ de concurrence » au sein duquel il faut repérer, au cours des différentes conjonctures qui se sont succédées, « la nature des éléments qui orientent les actions » des différents acteurs et leurs stratégies. Autrement dit, les « définitions de l’éducation physique et de ses contenus sont en permanence l’objet de luttes entre les différents acteurs du champ. L’état actuel (…) de l’éducation physique, y compris au niveau de la nature de ses conflits et débats internes, est l’aboutissement d’une série de choix historiques et non une étape obligée dans un processus de développement univoque, continu, linéaire, logique en somme parce chronologique… Les choix historiques donnent toujours lieu à des conflits et des débats intenses ». Pour chacun des protagonistes, l’enjeu est de réussir à « imposer une direction dominante, d’obtenir le pouvoir sur les actes des autres, d’institutionnaliser cette domination dans des textes officiels ou des productions » afin d’obtenir une légitimité qui peut être pédagogique, théorique, politique et législative, culturelle, économique…

En résumé, l’utilisation des notions d’enjeux et de débats conduit à refuser toute analyse simplificatrice (évolution inéluctable, qui fait consensus) et, au contraire, à aborder les différents événements historiques dans toute leur complexité (idée que cela aurait pu se passer autrement, car tout le monde n’était pas d’accord pour que cela évolue comme ça a été le cas, et que rien n’est définitivement figé…). Elle amène à articuler les « débats au sein de l’EPS » avec le sociétal, à travers les différentes conjonctures qui se succèdent (les « enjeux de société »).

 

Remarques sur les trois items du programme

Quelques remarques générales pour commencer :

Les sujets des deux dernières années conduisent à aborder les items du programme avec beaucoup de prudence : le sujet 2018 s’articule autour d’une notion (le sport scolaire) évoquée dans un item mais sans aucun respect de la logique de cet item. Et le sujet 2019 n’a que très peu de rapport avec chacun des items (l’évaluation). Sans doute faut-il donc penser que le programme est une entrée dans la préparation à l’Ecrit 1 du CAPEPS mais qu’il est nécessaire, si l’on veut éviter les mauvaises surprises, d’élargir le travail à effectuer à l’histoire de l’éducation physique dans son ensemble, et donc aux grands thèmes transversaux qui sont évoqués dans la page « Généralités » des conseils méthodologiques.

En ce qui concerne le programme 2020, deux items (1 et 3) sont « classiques » et sans difficulté majeure pour les comprendre et les aborder. Il en va tout autrement pour l’item 2…, la tendance générale pouvant être comprise comme étant une attente très professionnalisante s’appuyant sur une approche historique du didactique et du pédagogique.

 

1. Evolution des savoirs enseignés et organisation du travail des élèves en EPS

Ce premier item est en lien direct avec la thématique de l’évolution de la leçon d’EP, à relier bien sûr aux transformations du système éducatif et plus globalement de la société. Il met en exergue deux aspects :

- « L’évolution des savoirs enseignés » amène à se centrer sur les pratiques effectives des enseignants d’EP, sur leur pratique quotidienne de l’enseignement de l’EP. Celles-ci témoignent et participent aux transformations des conceptions véhiculées par les différents acteurs et enseignants, et peuvent être questionnées au regard des textes officiels - les savoirs prescrits -, des contenus transmis dans les structures de formation, initiale ou continue, des divers revues, ouvrages et documents qui leur sont destinés, etc... Ces savoirs changent-ils au même rythme que les discours ? N’y-a-t-il pas le plus souvent des décalages importants entre les deux ?

- « L’organisation du travail des élèves » fait référence à l’activité des élèves en EP, demandée et instaurée par l’enseignant, et donc à la façon d’enseigner les savoirs, à la relation pédagogique qui est mise en place pour favoriser les apprentissages. Quel processus d’apprentissage est valorisée ? Sur quels référents scientifiques (fondements épistémologiques évoqués dans l’intitulé de l’épreuve) s’appuient-ils ?

On le voit, si ce premier item est assez facile à cerner, il renvoie à lui tout seul à de nombreuses thématiques connexes, qui vont permettre une véritable analyse approfondie.

 

2. Innovations et transformations des diverses activités physiques enseignées dans le cadre scolaire

Que dire de ce deuxième item ? Que ce soit au niveau de la forme (l’intitulé lui-même) ou du fond (les connaissances historiques qu’il demande de mobiliser), il ne me semble pas clair du tout : comment relier (le « et ») les « innovations » et les « transformations des diverses activités physiques enseignées dans le cadre scolaire » ? Faut-il se limiter aux innovations se centrant sur les transformations des diverses activités physiques enseignées ? Ou faut-il analyser de manière générale les innovations s’étant déroulées en EP au cours de son histoire et, par ailleurs, étudier les transformations des diverses activités physiques enseignées ? Etant donnés les intitulés des derniers sujets CAPEPS, il est difficile de répondre à ces questions.

Et qu’entend-on par « transformations » ? S’agit-il du processus de didactisation ? Et que met-on sous l’expression « diverses activités physiques » ? Demande-t-on aux candidats d’être capable de traiter un sujet se centrant sur n’importe quelle activité physique : du lancer de poids aux danses folkloriques en passant par la boxe française et le canoé-kayak? Le travail est immense et, il faut l’avouer, n’a pour l’instant été réalisé que partiellement par les historiens eux-mêmes.

Face à ces incertitudes et imprécisions, dans mon Guide méthodologique et thématique, je consacre un chapitre aux innovations, afin de définir et mieux comprendre cette notion, et deux autres, très longs, à la scolarisation des différentes familles d’APSA (APPN pour l’un et autres familles pour l’autre).

 

3. L’école, l’EPS, le sport scolaire et la formation du citoyen

Ce dernier item, très classique, ne mérite pas beaucoup d’explications. Il nécessite de s’interroger sur « la formation du citoyen » en EP, dans le sport scolaire, et plus largement dans l’école. Cette formation a-t-elle toujours eu la même importance ? A-t-elle toujours revêtu la même signification ? Et la définition de la notion de citoyen n’a-t-elle pas elle-même changé tout au long de la période à étudier ?

Après deux items qui se centrent sur l’enseignement lui-même, ce troisième point conduit à s’intéresser à une des grandes finalités qui a marqué l’histoire de la discipline, son évolution ne pouvant être comprise qu’en allant chercher du côté des changements sociétaux (fondements sociohistoriques évoqués dans l’intitulé de l’épreuve).

 

En conclusion, si la volonté était d’avoir un programme large, qui ne permet pas un bachotage étroit et la récitation de cours appris rapidement et mal digérés, et bien cela me semble gagné. Ce programme est très exigeant et demande un travail important, s’inscrivant dans la durée, parce qu’il nécessite d’utiliser des connaissances à la fois très ouvertes et très précises.