Programme de l'écrit 1 du CAPEPS pour la session 2019

 

Dissertation portant sur les fondements sociohistoriques et épistémologiques de l'éducation physique et des activités physiques, sportives et artistiques (APSA)

L'épreuve a pour but d'évaluer la capacité du futur enseignant à situer son action professionnelle au regard des permanences et des transformations de l'éducation physique, sous l'influence de déterminants endogènes et exogènes au système éducatif.

Programme :

Les enjeux de l'éducation physique dans le système éducatif en France de la fin du XIXe siècle à nos jours :

- Les enseignants d’EPS face à l’évolution des savoirs à enseigner

- Expérimentations pédagogiques, transformations de l’EPS et du sport scolaire

- La scolarisation des pratiques de pleine nature et des pratiques artistiques

- L’éducation des corps, de la personne et la formation du citoyen

 

Commentaires

Remarques concernant la présentation générale de l’épreuve (1ère phrase)

- L’évolution de l’éducation physique doit être analysée à partir de ses permanences et de ses transformations : il faut donc partir du principe que tout n’a pas constamment évolué, que certains aspects ont pu connaître des bouleversements alors que d’autres n’ont pas changé, qu’il peut y avoir pour chacun d’eux des moments de stagnation, de retour en arrière…, sous l’effet notamment de l’action des acteurs/concepteurs de la discipline ou des politiques, qui militent pour un retour à la « tradition » ou au contraire pour « l’innovation ».

- Cette évolution doit être abordée en s’appuyant sur les transformations du système éducatif (« déterminants endogènes ») mais aussi, de manière plus large, sur les changements sociétaux (aspects politiques, économiques, scientifiques, culturels, sociaux…) (« déterminants exogènes »).

La centration sur l’un ou l’autre de ces aspects dépendra bien sûr du sujet et de la problématique choisie.

 

Remarques concernant la phrase d’introduction du programme proprement dit

- Le système éducatif est à nouveau mentionné. Il semble donc incontournable de construire une argumentation articulant l’éducation physique et le système éducatif.

- La notion d’« enjeu » n’est pas anodine. Pour mieux la comprendre, on peut se référer à l’analyse réalisée par Jean-Paul Clément dans le premier chapitre du livre Sport et pouvoirs au XXème siècle (PUG, 1994) : s’il y a enjeu, c’est qu’il y a quelque chose en jeu, à gagner ou à perdre, c’est que le jeu est ouvert. « L’enjeu motive l’engagement dans le jeu… il y a lutte pour se l’approprier ». « L’approche en terme d’enjeux » consiste donc à considérer l’éducation physique comme un « champ de concurrence » au sein duquel il faut repérer, au cours des différentes conjonctures qui se sont succédées, « la nature des éléments qui orientent les actions » des différents acteurs et leurs stratégies. Autrement dit, les « définitions de l’éducation physique et de ses contenus sont en permanence l’objet de luttes entre les différents acteurs du champ. L’état actuel (…) de l’éducation physique, y compris au niveau de la nature de ses conflits et débats internes, est l’aboutissement d’une série de choix historiques et non une étape obligée dans un processus de développement univoque, continu, linéaire, logique en somme parce chronologique… Les choix historiques donnent toujours lieu à des conflits et des débats intenses ». Pour chacun des protagonistes, l’enjeu est de réussir à « imposer une direction dominante, d’obtenir le pouvoir sur les actes des autres, d’institutionnaliser cette domination dans des textes officiels ou des productions » afin d’obtenir une légitimité qui peut être pédagogique, théorique, politique et législative, culturelle, économique… En résumé, l’utilisation de la notion d’enjeu conduit à refuser toute analyse simplificatrice (évolution inéluctable, qui fait consensus) et, au contraire, à aborder les différents événements historiques dans toute leur complexité (cela aurait pu se passer autrement, car tout le monde n’était pas d’accord pour que cela évolue comme ça a été le cas, et rien n’est définitivement figé…).

- Concernant la période « de la fin du XIXème siècle à nos jours » : s’il est clair qu’il est indispensable d’étudier l’évolution de l'éducation physique jusqu’à nos jours, c’est-à-dire jusqu’au jour du concours, et donc qu’il faut être capable d’analyser l’actualité comme on le fait pour des phases historiques plus lointaines, le point de départ est beaucoup plus flou : « la fin du XIXème siècle » démarre-t-elle en 1860, 1880, 1890 ? Il me semble que ce flou doit permettre au(à la) candidat(e) de choisir la date de départ de son analyse en fonction du sujet et de sa stratégie de traitement, l’important étant de le justifier dans l’introduction.

 

Remarques sur les quatre items du programme

- On peut tout d’abord remarquer que le programme utilise de manière indifférenciée les notions « d’éducation physique » et « d’EPS » (on trouve les deux). Il me semble donc qu’il ne faudra pas tirer de conséquences particulières de la formulation choisie dans le sujet.

- Je crois qu’il est possible de trouver un ordre plus cohérent pour les quatre items du programme :

1. L’éducation des corps, de la personne et la formation du citoyen

2. Expérimentations pédagogiques, transformations de l’EPS et du sport scolaire

3. Les enseignants d’EPS face à l’évolution des savoirs à enseigner

4. La scolarisation des pratiques de pleine nature et des pratiques artistiques

Je m’explique :

1. L’éducation des corps, de la personne et la formation du citoyen

« L’éducation du corps, de la personne » : peut-on trouver plus général ? Ne peut-on pas dire, qu’avec cette expression, il est difficile de trouver des limites au programme ? … tout ce qui touche au corps, tout ce qui touche à la personne… c’est vraiment très très large.

On y ajoute « la formation du citoyen », ce qui ne resserre pas vraiment la réflexion : l’éducation d’une personne qui doit être adaptée à la société dans laquelle elle vit ou dans laquelle elle est amenée à vivre, cela reste très vaste. Cela nécessite de mener une réflexion qui va de l’éducation physique à la société toute entière en passant par l’école, qui permettra d’appréhender les transformations de la définition de la notion de « citoyen » et de la conception de « la formation de ce citoyen ». Ce premier item, très large, renvoie donc à de nombreuses thématiques.

 

Sur la base de ce premier axe, il me semble que les deux items suivants donnent un cadre de réflexion pour interpréter les évolutions de l’éducation physique :

 

2. Expérimentations pédagogiques, transformations de l’EPS et du sport scolaire

Au cours de l’histoire de l’EP, on peut repérer un certain nombre d’expériences, d’innovations, d’« expérimentations pédagogiques » impulsées et/ou mises en œuvre par des acteurs, concepteurs, enseignants, inspecteurs, etc… (ces différentes notions sont utilisées pour affirmer le caractère novateur d’une proposition pédagogique). Certaines de ces propositions vont avoir une influence sur les « transformations de l’EPS et du sport scolaire », et notamment sur les textes officiels (action des différents acteurs dans la fabrication des textes officiels, qu’il convient d’analyser). Certaines autres n’en auront pas ou n’auront qu’une influence plus limitée, et cela doit être analysé également. Il faut donc, non seulement étudier les expérimentations menées, mais aussi le processus de diffusion (ou non) de ces expérimentations. Le travail est énorme : seules des connaissances précises permettront de répondre avec pertinence à cette thématique.

 

3. Les enseignants d’EPS face à l’évolution des savoirs à enseigner

En utilisant d’autres termes, on peut dire que les multiples expérimentations contribuent à « l’évolution des savoirs à enseigner » (que l’on va notamment trouver dans les textes officiels - les savoirs prescrits -, dans les contenus transmis dans les structures de formation, initiale ou continue, et/ou dans les divers revues, ouvrages et documents destinés aux enseignants). Elles témoignent et participent à l’évolution des conceptions véhiculées par les différents acteurs. Mais comment réagissent « les enseignants d’EPS » face à l’évolution de ces savoirs ? Qu’en est-il de leur pratique quotidienne de l’enseignement de l’EP ? Celle-ci se transforme-t-elle au même rythme que les textes officiels… que ce soit au niveau des savoirs à enseigner ou au niveau de la façon d’enseigner ces savoirs ? N’y a-t-il pas des décalages importants entre les deux ? Peut-on les analyser ? La réponse à ces questions est particulièrement délicate et nécessite de connaître les travaux se centrant sur les pratiques effectives des enseignants d’EP.

 

Finalement, ces deux axes conduisent à analyser et à comprendre, et cela est très complexe, les permanences et les transformations de l’éducation physique… retour au point de départ. Tout cela reste très général… il faudra faire des choix dans le traitement des sujets…

 

4. La scolarisation des pratiques de pleine nature et des pratiques artistiques

Enfin, dernier axe : « la scolarisation des pratiques de pleine nature et des pratiques artistiques ». On ressert nettement la problématique et on s’attache à étudier deux familles de pratiques particulières… mais pas n’importe lesquelles : deux familles pas faciles à définir, qui ont beaucoup évolué au fil du temps et qui ont connu et connaissent encore des difficultés dans leur « scolarisation », la représentation ludique et/ou sensible du corps qu'elles sous-tendent n'étant pas en adéquation avec celle qui domine l'EP scolaire (on peut ici utiliser la problématique de Forquin, résumée dans le chapitre "EP et sport" du Guide méthodologique et thématique). Par ailleurs, l'analyse de la scolarisation des pratiques de pleine nature nécessite d'approfondir la problématique de la sécurité et donc, d'une certaine façon, de la santé, et l'étude de la scolarisation des pratiques artistiques celle du genre, de la masculinité et de la féminité en EP. Bref, si ce thème est plus précis, la tache n’est pas simple non plus.

 

En conclusion, si la volonté était d’avoir un programme large, qui ne permet pas un bachotage étroit et la récitation de cours appris rapidement et mal digérés, et bien cela me semble gagné. Ce programme est très exigeant et demande un travail important, s’inscrivant dans la durée, parce qu’il nécessite d’utiliser des connaissances à la fois très ouvertes et très précises… Et l’analyse d’une citation ne fait que renforcer tout ce qui vient d’être dit... tout comme l’intitulé du sujet 2018, qui ne s’appuie en tant que tel sur aucun des items et qui montre qu’il est également nécessaire d’avoir une lecture analytique du programme et d'étudier de manière approfondie chacune des notions y figurant.